Depuis l'annonce d'une demande de 20% d'augmentation des
tarifs régulés de l'électricité par le PDG d'EDF, Pierre Gadonneix, cela fuse de
toutes parts, mais sans vraiment
aller sur le fond du sujet, c'est très regrettable pour tout le monde.
Il n'est pas dans mon intention de prendre la défense du Président d'EDF. Comme beaucoup de gens, je pense que sa demande s'apparente à une provocation, alors qu'un grand nombre
de nos concitoyens souffre de la crise. C'est une drôle de manière de remercier tous ceux qui ont répondu présents pour dire leur confiance en EDF au travers de l'emprunt obligataire. Mais... il me
semble
utile de rappeler un certain nombre de choses tant il est décevant de voir qu'une vraie question comme celle
des tarifs de l'électricité ne soit finalement traitée qu'au travers de l'avenir du PDG d'EDF.
Je ne participerai pas à l'élan démagogique qui consiste à revendiquer en même temps 5% d'augmentation de salaire, une relance des investissements en France et une meilleure qualité du Service
Public, sans accepter d'augmenter les tarifs. Je pense qu'il est
urgent d'améliorer les conditions de vie et de travail des salariés d'EDF et de ses
prestataires, je pense également qu'il est
urgent de maintenir un bon niveau de performance et de sécurité dans nos
installations et je pense enfin qu'il faut
améliorer la qualité de notre Service Public. Tous ces points ont déjà été
défendus pour la partie réseaux fin 2008 et début 2009, tout cela a un coût. Mais il faut avoir l'honnêteté de dire que
tout cela a un coût. Il
faut donc
trouver le bon équilibre pour répartir la charge. Si ce n'est pas fait, il y a fort à parier que ce seront les salariés qui paieront
l'addition, ce qui serait inacceptable.
Sur la forme, il est tout de même surprenant de voir combien
les mémoires sont de courte durée. Je me rappelle avoir lu combien
était
courageuse et justifiée la demande d'augmentation du
TURPE (Tarif d'Utilisation des Réseaux Publics d'Électricité)
de 15% sur 4 ans, faite
par le Président du directoire d'ERDF, Michel Francony, dans le journal La Tribune lors de la consultation publique lancée par la CRE (Commission de Régulation de l'Énergie). Je me
rappelle aussi des regrets exprimés sur une
discrétion trop grande du Président du directoire de RTE, Dominique Maillard, sur le même
sujet alors qu'il souhaitait environ 12% d'augmentation du même TURPE sur 4 ans.
Les arguments ne manquaient à personne pour justifier ces
demandes. Pierre Gadonneix a sûrement eu le tort d'enfoncer un peu trop le clou, de le faire dans une moins bonne période et par l'intermédiaire d'un média trop populaire
(Paris Match). Mais la question de fond est :
les arguments de fin 2008 pour les réseaux ne valent-ils plus rien à l'été 2009 pour les moyens de production
?
Rappelons deux choses :
- le
5 juin 2009, le gouvernement a
autorisé une
augmentation progressive du TURPE qui pourrait se traduire par
2 à 3% au
1er août de cette année et d'
environ 8% sur 4 ans,
- le
TURPE représente à peu près
45% du total des tarifs réglementés. Les
55% restants sont la part énergie.
Personne n'en parle et pourtant il faudra bien que cette augmentation soit intégrée aux tarifs, sinon elle devra être supportée intégralement par la part ébnergie (production, commercialisation).
Je vous laisse imaginer qui devra alors payer l'addition...
Il est déplorable de voir qu'une fois de plus
c'est du côté de l'État que les voix se font le plus fortes. Je ne commenterai même pas
celles qui s'élèvent dans l'espoir de prendre la place, elles n'en valent pas le coup. Simplement il est bon de rappeler que
l'État est propritéaire à 84% d'EDF, et de ce fait
aucune opération ne peut se faire sans son
accord.
En 2007, c'est une belle unanimité qui a accompagné la décision de participer au développement du nucléaire aux Etats-Unis, au travers d'une coopération avec Constellation Energy. En 2008, malgré
les avertissements des salariés, c'est bien
l'État qui
a autorisé EDF à se lancer dans l'opération
British Energy à un prix bien trop élevé. Enfin, en 2009 c'est toujours
l'État qui
a
permis le rachat par EDF de la particpation de Centrica dans le belge SPE. Aujourd'hui, entendre parler d'erreurs du passé par ceux-là même qui les ont décidé m'apparaît pour le
moins surprenant. Par contre, nous pourrions aussi parler des erreurs du passé qu'il a bien fallu rattraper et qui ont coûté très cher à notre groupe industriel, comme les
i
nvestissements hasardeux en Amérique du Sud (Light au Brésil et Edenor en Argentine) ou
l'affaire Edison
en Italie. Nous pourrions parler aussi de l'
insuffisance chronique d'investissements de maintenance dans les parcs de
production (nucléaire, thremique et hydraulique)
et dans les réseaux de 1995 à 2005 dont il faut aujourd'hui effectuer le
rattrapage. Gros silence sur ces sujets et pourtant
l'État était bien là pour les décider aux aussi.
L'État, toujours lui,
veut :
-
plus de dividendes pour renflouer ses caisses en tant qu'actionnaire,
-
une participation plus forte aux efforts de relance économique et
une meilleure qualité du Service Public en tant que puissance publique,
-
plus de concurrence et n'entendre parler que de marché, y compris par l'invention d'artifices comme le TarTAM ou pire encore comme livrer le
nucléaire au privé, en tant qu'acteur européen,
-
plus de productivité, de
performance, de
marges, de
résultats en tant que financier,
-
plus d'investissements pour sécuriser les réseaux et les moyens de production en tant que responsable de l'intérêt général,
- et
plaire aux électeurs en contraignant les tarifs, en tant que politique.
Cette
équation me paraît bien difficile à résoudre. Il faudra bien qu'un de nos ministres cède devant les autres ou que l'Élysée tranche car
à tout vouloir on pourrait bien finir par se trouver face à un mur.
Pour en revenir aux tarifs, ce
tte provocation du PDG d'EDF aurait dû ouvrir un large débat de fond. Il existe des
moyens pour freiner leur augmentation sans affaiblir personne. La CFDT en a mis quelques uns en avant, tant lors des
deux consultations publiques sur le TURPE que lors de son
audition devant la Commission Champsaur.
Deux exemples pour illustrer mon propos :
-
l'achat des pertes réseaux, non plus sur le marché à des prix élevés mais par des droits de tirage d'électricité de base produite à partir
des centrales nucléaires. Depuis, un groupe de travail sur ce sujet a été mis en place par la CRE,
-
agir en faveur du développement durable de la planète par l'affacement des pointes de production en donnant du sens aux tarifs réglementés et
agir en partenaire industriel pour aider nos clients à mieux utiliser leur énergie. Espérons que
l'affaire Voltalis nous y aidera.
Les
besoins d'investissements en France évoqués par le Président Gadonneix
sont
réels. Ils sont e
n partie résolus côté réseaux par l'augmentation du TURPE. Ils ne le seront pas côté production, sauf
augmentation des tarifs pour leur part énergie. C'est à l'Etat d'en décider, à condition de ne pas tout mélanger et d'en finir avec les manoeuvres politiciennes. En tout cas,
ce n'est pas une nouvelle fois aux salariés de payer l'addition.
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