Vu du Conseil d'Administration d'EDF
De reculades en reculades la France, sous pression de la Communauté européenne, va finir par casser définitivement son modèle énergétique. Celui-ci était pourtant envié par tous.
Hier, un dossier du journal "Les Echos" alertait sur une possible réorganisation du marché français de
l'électricité. D'après l'article, cette réorganisation, inspirée des propositions de la Commission Champsaur, interviendrait
assez rapidement pour s'éviter les foudres de Bruxelles.
En effet, la Commission européenne accuse la France de ne pas suffisamment avoir ouvert son marché électrique à la concurrence et ne supporte pas l'existence de tarifs réglementés.
Elle a d'ailleurs engagé deux procédures contre la France. Le gouvernement
français, comme ses prédécesseurs, a choisi la voie de la négociation pour essayer de s'en sortir. Celle-ci semble avoir
abouti : abandon des procédures en échange de la casse du modèle énergétique français.
Félicitations madame Kroes ! Tant pis pour vous, chers clients
et chers agents du Service Public de l'électricité.
Le communiqué de presse que Matignon s'est empressé de
sortir hier est clair. Il y aura bien une réforme de l'organisation du marché français de l'électricité sur la base des conclusions de la Commission Champsaur (accès donné aux groupes privés à de
l'électricité issue du parc nucléaire historique).
Pour faire passer la pilule le Premier ministre annonce la préservation des tarifs "réglementés" pour
les ménages et les petites entreprises, dont Bruxelles n'avait d'ailleurs pas demandé la fin, et le voeu de voir Exeltium mis en place dès
2010, alors que le problème est bien plus financier que réglementaire. Il s'agit donc bien d'un marché de dupes.
Les
Commissaires Neelie Kroes et Andris Pielbags se sont précipités pour dire leur joie, pardon pour faire part d'un
accueil favorable à ce projet de réforme au niveau européen.
Cette reculade du gouvernement français n'est pas la première. Depuis 1996 il y en a eu plusieurs, de l'ouverture progressive du marché jusqu'à son ouverture totale en 2007, en passant par l'indépendance des
gestionnaires de réseaux (RTE et ERDF) et la cession de la concession du Rhône au groupe Suez, et j'en passe. Comme disait en substance un ancien ministre de
l'industrie, la France résiste mais finit toujours par plier. J'ai bien peur que ce coup-ci elle a fini par rompre en abandonnant ce qui
faisait notre fierté. Vous verrez qu'un jour prochain, la France annoncera qu'il faut en finir avec toute idée de
tarif.
Le journaliste des Echos va plus loin en donnant quelques pistes sur l'écriture du projet de loi. Celles-ci sont terrifiantes pour EDF qui devrait mettre à disposition environ le quart de la production de son parc
nucléaire (100 TWh) à un prix plancher de 34€/MWh et plafond de 40
€/MWh. Tout ça pour permettre à la concurrence de s'installer en France
et aux Suez, Poweo et Cie de dégager de la marge car, ne nous y trompons pas, le client payera son électricité toujours plus cher !
Vous l'aurez compris, l'unique objectif est de créer de la concurrence. Peu importe les moyens, les conséquences sociales et sociétales.
Un autre parc de production d'EDF est menacé. C'est celui de l'hydraulique qui va subir
une accélération de la mise en concurrence de ses concessions, toujours au motif de l'ouverture du marché. Un courrier de JL Borloo au PDG
d'EDF en atteste clairement. J'avais
critiqué, et la CFDT avec moi, le contenu du décret de ces mises en concurrence car il laissait trop de place au
fait du prince. Je me rends compte aujourd'hui que, malgré mes réserves, j'étais encore trop optimiste.
Dormez tranquilles messieurs et mesdames les commissaires européens. Vous finirez bien par avoir la peau d'EDF. Ne
soyez plus étonnés que les français votent non lorsqu'il s'agit d'Europe !
Mais j'espère que le débat qui s'est ouvert hier matin fera grand bruit et que les consommateurs français donneront de la
voix.
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