Vu du Conseil d'Administration d'EDF
Le Conseil d’administration du dimanche 27 septembre 2009 a décidé de convoquer une Assemblée générale des actionnaires (85% Etat français) d’EDF le 5 novembre prochain.
Sur proposition de l’Etat, le Conseil a décidé de soumettre au vote de cette assemblée 6 administrateurs. Ensuite un Conseil se réunira le 23 novembre pour proposer son Président, qui devra ensuite être nommé par le Conseil des ministres. Enfin il sera auditionné par la Commission économique de l’Assemblée nationale.
Même si son nom n’est plus un secret pour personne, Henri Proglio ne sera donc PDG d’EDF qu’après le Conseil des ministres qui suivra ce CA du 23
novembre. A 60 ans, il est aujourd'hui PDG du groupe Veolia, Administrateur et Président du comité de la stratégie d’EDF depuis
septembre 2004.
Les 5 autres administrateurs que l’Etat a proposé au vote du Conseil sont :
- Philippe Crouzet, 53 ans, Président du Directoire de Vallourec après un long passage dans le groupe Saint-Gobain, dont la fonction de Directeur Général des Papeteries de Condat (1989-1992),
- Mireille Faugère, 52 ans, Directrice Générale de la SNCF, entreprise dans laquelle elle a fait toute sa carrière,
- Lord Michael Jay Of Ewelme, 63 ans, Administrateur de sociétés françaises (Crédit Agricole, Valeo) et membre indépendant de la chambre des Lords et Président de la commission des nominations de cette chambre,
- Bruno Lafont, 53 ans, PDG du groupe Lafarge et administrateur d’EDF depuis le 20 mai 2008,
- Pierre Mariani, 53 ans, Patron de la banque Dexia, a été Directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy de 1993 à 1995 lorsque ce dernier était ministre du budget.
En Conseil d’administration je ne suis nullement intervenu sur les personnes, mais simplement sur quelques principes et sur la méthode qui a amené à leur désignation.
Sur les principes, j’ai indiqué que le processus de nomination et les échéances doivent être respectés jusqu'au bout, y compris par le plus haut niveau de l’Etat.
Sur la méthode, j’ai dénoncé cette mascarade organisée par l’Etat à laquelle on a essayé d’associer les administrateurs. Qui a décidé des 6 administrateurs soumis à l’approbation du Conseil ? Certainement pas les administrateurs d’EDF, ni même le comité des nominations et des rémunérations. C’est bien l’Etat dans le plus grand secret, leurs CV nous ont été donnés sur table à peine quelques secondes avant le vote, et après bien des tergiversations. Je me suis élevé contre ce manque à une bonne gouvernance, cette absence de transparence et le peu de respect fait aux personnes sortantes.
Enfin, même si je comprends les enjeux qu’EDF représente pour l’Etat français, et non sans rappeler mon attachement au caractère public de cette entreprise, j’ai dit être indigné par ce «fait du Prince». J’ai bien sûr refusé de participer au vote.
En 2004, les élus locaux et représentants des collectivités territoriales étaient écartées du Conseil d’administration d’EDF. En 2009, ce sont les consommateurs qui n’auront plus de représentants. EDF doit donc redoubler d’écoute envers ces populations qui représentent de grands enjeux pour le groupe, au travers des concessions (hydrauliques et de distribution) et de la concurrence qui s’annonce de plus en plus vive.
Le futur PDG d’EDF est, comme je l’avais souhaité, un véritable capitaine d’industrie connaissant bien le secteur dans lequel EDF évolue. Au-delà de l’homme, il s’agit maintenant de savoir quelle feuille de route lui a été confiée et comment il compte la mettre en oeuvre. Il devra rapidement répondre à l’inquiétude légitime des salariés sur le spectre d’un nouveau GDF Suez, puisque la presse évoque un possible rapprochement entre EDF et Veolia. Tout comme il devra très vite dire comment il compte sortir EDF des griffes des suites inquiétantes que le gouvernement semble vouloir donner à la commission Champsaur et qui pourraient être dévastatrices pour notre groupe industriel (voir mon article «Mauvais temps pour EDF»).
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